recherches postdoctorales
projet ANR TROC (2023-2024)
De septembre 2023 à août 2024, j’ai été chercheur postdoctoral au sein du projet ANR TROC (Terrorists Reintegration in Open Custody — Réintégration sociale des personnes condamnées pour terrorisme), coordonné par Nicolas Amadio (DynamE, Université de Strasbourg), à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH).
Ce projet de recherche multidisciplinaire étudie les freins et leviers de la réinsertion sociale des personnes condamnées pour terrorisme ou suspectées de radicalisation. Ancré dans les études de la désistance, il centre son analyse sur les liens entre les dimensions individuelles et collectives de la réinsertion sociale, et explore deux hypothèses :
- Les pratiques de réinsertion en milieu ouvert nécessitent d’identifier les enjeux liées aux (dés)ajustements des interprétations et attentes entre les principaux acteurs impliqués et les demandes sociales.
- La résistance individuelle et l’impact des collectifs contre la radicalisation violente sont soutenus par des dynamiques à la fois individuelles et collectives.
Le projet mobilise une approche à méthode mixte, combinant une analyse quantitative — études de type sondage factoriel, données issues de documents judiciaires et professionnels — avec des entretiens qualitatifs et des méthodes narratives. Les données sont collectées auprès des acteurs de la chaîne pénale, des acteurs associatifs, des familles et des collectifs, ainsi qu’à partir des trajectoires des personnes concernées.
Financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR PRC CE39 — Sécurité Globale et Cybersécurité) et co-financé par le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN), le projet réunit quatre équipes de recherche dirigées par Nicolas Amadio (DynamE, Université de Strasbourg), Massil Benbouriche (PSITEC, Université de Lille), Bruno Domingo (FMSH, Université de Toulouse) et Rachel Sarg (2L2S, Université de Lorraine).
projet Emergence(s) Ennemis (2022-2023)
J’ai été chercheur postdoctoral du 01/09/2022 au 31/08/2023 au sein du projet « Ennemis », porté par Alexandre Rios-Bordes.
Le projet de recherche « Ennemis intérieurs – sociohistoire du gouvernement de la menace (XIXe-XXIe siècle) » a reçu en 2021 le soutien du dispositif Émergence(s) de la ville de Paris. Il est dirigé par l’historien Alexandre Rios-Bordes. Il réunit des historiens, des sociologues, des anthropologues, des politistes et des juristes. Son projet vise l’étude et la comparaison de situations contemporaines dans lesquelles l’identification par un État d’un « ennemi intérieur » vient mettre à mal la distinction entre deux ordres de violence a priori irréductibles : l’ordre extérieur de la guerre et l’ordre intérieur du crime. L’équipe travaille sur un ensemble de cas internationaux, systématiquement analysés et comparés selon trois axes d’analyse :
- le processus d’ ennemisation , soit le processus de radicalisation sociale et politique de l’adversité ;
- les transformations engendrées dans les institutions politiques et la définition des normes de comportement ;
- les processus de long terme qui ont mené à l’internalisation de la menace au sein d’États-nations.
Depuis novembre 2020, j’ai participé à l’élaboration du projet de recherche, la mise en place collective des grands axes de recherche ainsi que l’élaboration d’un calendrier collectif concernant la récolte de données et l’organisation d’évènements scientifiques (deux journées d’étude, un colloque international, plusieurs workshops annuels).
J’ai apporté à ce projet une expertise sur le cas nord-irlandais, notamment en enquêtant sur l’évolution de la production étatique de connaissance au sujet des paramilitaires et de leurs ancrages dans les zones urbaines défavorisées. J’ai également conduit une collecte systématique de données relatives au « Droit de l’ennemi ». La mise en place de cette base de données consiste à répertorier, collecter, analyser et classer les normes juridiques (législations, règlements, jurisprudences) édictées dans l’intention spécifique de faire face à des « ennemis intérieurs ». J’ai par ailleurs dirigé la mise en œuvre d’un site internet visant à mettre en valeur cette recherche collective, ainsi que de son équipe de chercheurs.
thèse
Thèse soutenue le 26 novembre 2021, intitulée “The Communities of Moderns. A sociology of political ambivalence in Northern Ireland”.
résumé
L’accord du Vendredi Saint en 1998, en Irlande du Nord, a mis fin à un conflit entre les communautés protestantes unionistes et catholiques nationalistes de Belfast. Depuis, la ville se confronte à des difficultés inattendues, telles que la montée des suicides juvéniles et la reprise d’affrontements de rue. L’origine de ces difficultés est souvent attribuée à la volonté des habitants de reconduire la guerre ou à un manque de soutien de l’État britannique à leur égard. Mais alors que l’État porte une attention croissante à la situation et que des membres des deux communautés prennent part à des initiatives de pacification, comment se fait-il que ces difficultés ne parviennent pas à être surmontées ?
À partir d’un terrain ethnographique immersif de plus de deux ans, d’entretiens semi-structurés et d’examen d’archives locales, cette thèse analyse des moments de la vie quotidienne des communautés protestantes et catholiques de Belfast Nord, ainsi que la gestion de problèmes politiques locaux. Elle soutient que les difficultés que rencontrent les habitants de Belfast Nord tiennent non pas à une dynamique de reproduction du conflit ou d’exclusion sociale, mais à la politisation entravée de leurs interdépendances et de ses effets contradictoires.
Dans une première partie, nous montrons, à partir de l’étude de controverses locales sur la hausse des suicides juvéniles et l’émancipation des femmes de leurs communautés, l’importance à développer une approche centrée sur le concept d’ambivalence politique. Cette notion permet de comprendre positivement une double aspiration, partagée par les deux communautés, à l’attachement et au détachement communautaire. Ainsi, la tendance à réduire les tensions existantes à des formes de ‘résistances’ revient à ignorer le fait que ces acteurs tiennent déjà compte des solidarités locales dans lesquels ils sont de plus en plus engagés, tout en cherchant à s’émanciper de leur communauté catholique ou protestante.
Dans une seconde partie, nous montrons que certains acteurs tentent déjà de politiser, et même de réguler l’ambivalence politique qu’une telle situation provoque pour eux. Nous repartons pour cela de l’étude de la gestion de la sociabilité de rue et des relations sportives. La distanciation secondaire dont certains habitants font collectivement preuve pour revendiquer, publiciser et réguler cette ambivalence politique dans des dispositifs d’intégration favorables à son énonciation, met en lumière ses effets les plus contradictoires. Cette politisation trouve néanmoins son point de butée dans les reproches d’hypocrisie, de naïveté ou de manipulation, qu’adressent des acteurs locaux et des commentateurs externes dans ces débats. La prise en compte des interdépendances communautaires s’en trouve réduite à un retour vers le passé, et l’émancipation collective à une dénégation des différences d’intérêts politiques.
Dans un dernier chapitre, nous montrons que la situation de Belfast Nord n’est compréhensible qu’au regard de l’accroissement des chaines d’interdépendances qui prennent forme entre communautés protestantes et catholiques au sein des îles britanniques depuis le début du XIXe siècle. D’un côté, la révolution industrielle et les changements dans les rapports professionnels sont allés avec une plus grande intégration des communautés entre elles, de l’autre, ils ont entrainé une plus grande prise de conscience de leurs différences, précipitant l’émergence d’idéaux Unionistes et Nationalistes. La première dynamique rend la politisation de cette double aspiration de plus en plus désirable, la seconde rend les appuis à cette politisation de plus en conflictuels. Les difficultés locales du processus de paix deviennent explicables en raison du double bind auquel mènent ces évolutions concomitantes. L’État britannique peine à soutenir une plus grande distanciation quant à la façon dont cette double aspiration marque déjà la participation de ces communautés à la modernité politique.
Thèse codirigée par Yannick Barthe (CNRS, LIER-FYT), Dominique Linhardt (CNRS, LIER-FYT) et Colin Coulter (Maynooth University, Ireland).
Doctorant contractuel à l’EHESS-PSL (2017-2020) et bourse d’étude John and Pat Hume Scholarship à l’Université de Maynooth, Irlande (2017-2021).